Dépression post partum quand tu nous tiens

Dernier rendez-vous. Je suis assise dans cette salle d’attente. La main sur mon ventre, je la sens doucement bouger.
Je me sens tellement bien, l’hiver est doux, les fêtes de noël se préparent. Cette fin de grossesse s’annonce paisible.
Sa naissance, bien que programmée pour des raisons médicales, s’est déroulée dans le calme, la sérénité et la douceur. Une merveilleuse naissance pour une magnifique petite fille. Notre deuxième petite fille. Nous sommes heureux, comblés et impatients de la présenter à sa grande sœur.

Sur le papier tout semble idyllique, et ça l’a été pendant 3 jours.
Tout s’est compliqué lorsque nous sommes rentrés à la maison. Lola nous attendait, impatiente de me retrouver et de profiter de sa petite sœur. Elle était là, encore si petite, ses cheveux ébouriffés et de sa petite voix elle a dit « maman ». Je me suis mise à pleurer, en sanglot, de gros sanglots. Elle m’a serré si fort de ses touts petits bras. Ça a finit par apaiser ma crise de larmes. Mon mari souriait, entre ému, surpris, et peut être même un peu inquiet.
Il pensait au contre-coup, à la fatigue, les hormones, pleins de raisons qui justifiaient ce qui venait de m’arriver.
Et finalement ça aurait pu être le cas, si ça n’avait pas duré des jours, des semaines …

C’est un état extrêmement difficile à décrire. Tout était réuni pour mon bonheur, mes enfants étaient en pleine forme, mon allaitement démarrait bien, mon mari présent. Pas de soucis apparent, le principal était là.
Et pourtant, pas un jour ne passait sans que je ne pleure, toujours ces gros sanglots. Pas une nuit ne passait sans ces cauchemars sombres sur mes enfants. Je me sentais vide, absente, transparente.
J’ai commencé par en parler à mon mari, par bribe, j’avais du mal à m’expliquer ce qui m’arrivait, alors l’expliquer à quelqu’un d’autre ce n’était pas aisé. Et surtout j’avais honte, je ne me sentais pas à la hauteur de mon rôle de mère. Puisque pour moi une bonne mère, saine d’esprit, ne ferait pas des cauchemars où elle voit ses enfants morts. J’étais incapable de raconter ces choses là. Il voyait bien que toutes les nuits j’allais chercher ma toute petite dans son berceau pour finir notre nuit dans le canapé. Il m’a écouté, il a cherché à comprendre du mieux qu’il pouvait, m’a beaucoup aidé à la maison. Mais les jours continuaient de défiler et ça n’allait pas mieux.

Peu à peu, les jours se sont transformés en semaines. Je m’enfermais de plus en plus. Je ne voulais plus sortir, je laissais les volets fermés. Je tentais toujours tant bien que mal de faire bonne figure mais ça devenait de plus en plus difficile. Tout m’effrayait. TOUT.
J’ai stoppé net mon allaitement, je ne m’en sentais plus capable. J’avais la sensation de rejeter mon bébé, cette idée m’était insupportable mais je n’arrivais pas à faire autrement.

Et puis un jour, 4 mois après la naissance de Margot, j’ai cru apercevoir la lumière au bout de ce long tunnel.
C’était la quatrième fois que je voyais mon médecin depuis la naissance de Margot. A chaque visite mensuelle, il me voyait m’éteindre. Mais comme beaucoup, il pensait à un petit baby blues, qui allait se tasser tout seul. Et ce jour là il m’a dit « Stop! Ça dure depuis trop longtemps » J’ai pleuré, encore, pour changer… Et là les mots se sont mis à sortir, comme si beaucoup de choses se débloquaient. Il restait encore des zones d’ombre, mais j’avais l’espoir d’aller mieux.
A la fin du rendez vous je suis repartie, ma fille tout contre moi, mes larmes séchées et un traitement pour me sortir de là.

Mes larmes ont cessé peu à peu de couler. Chaque jour j’ouvrai un peu plus les volets. Chaque nuit je dormais un peu plus. Le processus inverse était enclenché. J’ai commencé une thérapie et elle a posé les mots : Dépression Post Partum. Cela m’a fait un bien fou. Poser ces mots voulait dire au final que je n’étais pas folle ni une mauvaise mère, et surtout que je n’étais pas seule.
La paix intérieur revenait en même temps que le printemps laissait sa place à l’été. Margot avait 6 mois. Elle n’était plus ce tout petit nourrisson. Six mois … Je venais de passer six mois dans le noir!

Il m’aura fallu encore six petits mois pour pouvoir pleinement dire que tout ça était derrière moi, pour vraiment guérir. Margot a fêté ses 1 an. Et j’étais là près d’elle, avec Lola et mon mari. Ma famille. J’allais bien.
Ce fut une année très difficile. Quand j’y repense aujourd’hui je suis partagée. J’ai de la colère et en même temps de la gratitude pour mon médecin. Il m’a aidé, mais pourquoi a t-il autant attendu? Pourquoi ne pas avoir fait de la prévention quand il pensait à un baby blues? Et après tout en 15min de consultation lors d’une visite mensuelle pour un bébé c’est difficile de remarquer des choses que l’on enfouit profondément.
Je m’en veux aussi énormément pour ma petite Margot. J’ai été tellement replié sur moi que je n’ai que très peu de souvenirs de ses six premiers mois. J’ai été « absente » … Heureusement que les photos sont là…
Mais je suis également fière de ne pas avoir baissé les bras. D’avoir arpenté ce chemin si sinueux m’a permis d’apprendre beaucoup sur moi même et m’a donné les armes pour mieux me défendre lors de la naissance de mes deux petits derniers. De dire très vite « STOP », de parler ouvertement, de ne pas m’isoler et surtout de ne pas avoir honte de mes faiblesses. Parce qu’elle deviennent toujours tôt ou tard nos richesses.

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2 Comments
  • sikis izle
    mai 3, 2016

    Bonjour, el blog tonelada est très réussi! Je te dis bravo! C’est du Beau boulot! :)

  • sikis izle
    mai 7, 2016

    You do have a fabulous blog thanks.

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